mercredi 14 septembre 2016

On est tous égaux même les femmes : épisode 4, les femmes fantômes

De plus en plus, je croise dans la rue des femmes couvertes de tissus épais et souvent hideux, habillées comme en plein hiver dans la chaleur torride.
Elles sont là, à l'école, à la boulangerie, chez le médecin, parfois elles me font l'effet de glisser sur le sol. Comme des fantômes.
Elles semblent croître et se multiplier chaque jour.
C’est faux bien sûr, elles étaient déjà là depuis longtemps mais le paradoxe c’est qu'avant qu'elles ne se cachent, je ne les voyais pas. Maintenant je ne vois plus qu'elles.
Moi je suis  féministe, je crois, et on n’est pas si nombreux, qu'une femme vaut un homme.
Et je crois même que je suis libre, autant qu'on puisse l'être.
Je m'intéresse à tout ce qui touche de près ou de loin aux femmes, je lis, j'écoute, j'entends qu’elles sont bien libres de faire ce qu’elles veulent, ce qu'elles ont choisi.
Seulement, si je ne me trompe pas, cet habit a bien la fonction de soustraire certaines parties du corps de la femme aux regards d'autres hommes que son mari (père, frère). Car ses parties du corps appartiennent à son mari (père, frère). Et, que si un autre homme les voit, elle deviendra impure, par la voie du regard.
D'ailleurs, quelqu'un peut-il me dire si c'est le regard de l'homme qui est très sale ou la femme très salissante?
En tous cas, et ce n’est pas un abus de langage, cet habit signe son appartenance à son mari (père, frère).
Déjà, comment peut-on appartenir à quelqu'un? Lui soumettre son corps et son image? Et se dire libre dans le même temps. C'est impossible. Ou alors je ne comprends rien.
Elles me diront qu'elles ont leurs raisons.
Je peux comprendre leur Foi. Leur Foi leur appartient.
Mais leur corps, leur destin à qui appartient-il?
Impossible de dire que ces femmes sont les égales de l'homme. Sauf si bien sûr leur mari (père, frère) se couvrait lui aussi pour sortir dans l'espace public afin de préserver sa pureté pour sa femme.
Cela ferait sourire, non?
Aujourd'hui, j'étais dans un cabinet de radiologie avec mon fils. Il y avait dans la salle d'attente une de ces femmes fantôme avec son mari. Son tour est venu. Vous savez comment cela se passe. On entre dans la cabine d'un côté, on ferme à clé et on ressort de l'autre pour la radio. La femme s'est levée quand on l'a appelée, le mari sur les talons, et ils sont entrés dans la minuscule cabine tous les deux. La femme qui s'occupait des radios a dit gentiment : "Madame peut venir seule" . Le mari a refusé. La porte s’est fermée.
Un peu plus tôt, j'avais aussi accompagné mon fils de 9 ans dans la cabine. C'est encore un enfant.
D'abord, j'ai pensé que cette femme ne pourra jamais dire à son mari : "Attends-moi, j'y vais seule"
Puis je me suis souvenue qu'en Arabie Saoudite une femme n'a aucun droit, qu'elle est entièrement sous la tutelle de son mari (père, frère) et qu'elle est considérée comme un enfant. En Arabie Saoudite.
Je n'ai pas envie de vivre en Arabie Saoudite.
Je n'ai pas envie de vivre au milieu des femmes fantômes.
Je n’ai pas envie de penser qu'il y a des femmes soumises, inférieures, cachées.  Je n'aime pas voir une femme très, très couverte marcher derrière son mari chez Ikea ou à la gare.
Je n'aime pas qu'on brandisse le droit à la liberté individuelle pour enfermer, soumettre, cacher.
Je pense que ça va mal pour ces femmes aujourd'hui en France. Quoiqu'elles en disent. Elles sont en train de disparaitre dans cette masse de fantômes chaque jour plus grande.
Moi ça me révolte intimement et personnellement en tant que femme.
Quoi faire d'autre qu'écrire, j'aimerais bien le savoir??