samedi 30 septembre 2017

On est tous égaux même les femmes, épisode 10 : Le médecin de famille

J'avais un médecin généraliste. Le même depuis des années. C'était mon médecin de famille comme on dit, je l'aimais bien. Et puis un jour à la fin d'une banale consultation, il m'a dit froidement : "C'est la dernière fois qu'on se voit" "Ah ?" "Oui, je pars travailler en Suisse, au revoir Madame."
Je ne l'ai jamais revu...
Seulement moi et ma famille, on a vite eu besoin d'un médecin généraliste.
On m'en a conseillé un, sérieux, en plus dans un cabinet où il y en a plusieurs, ce qui est vraiment pratique, le Dr M.
Va pour le Dr M. Je suis allé dans le cabinet. Je n'ai fait sa connaissance qu'à la 3ème consultation, avant, j'ai rencontré deux fois son interne (stagiaire médecin pour les non-initiés) et une fois une de ses collègues.
Je ne me souviens pas précisément de la première rencontre à vrai dire... Je me souviens de son allure, un homme de la belle cinquantaine, sportif très certainement, chauve dissimulé sous un crâne rasé, bonne vêture un peu branchée, il parlait assez fort et m'a semblé un peu familier mais c'était supportable.
Je me souviens qu'il avait tendance à banaliser tout ce que je disais, à atténuer les symptômes, à faire semblant d'écouter. Mais cela ne me dérangeait pas car je voyais plus souvent ses internes que lui.
Un mardi à 4h du matin, mon fils s'est réveillé avec une énième laryngite. La laryngite, c'est une toux aboyante très caractéristique comme un chien, un risque de gonflement du larynx et d'étouffement et un seul traitement : les corticoïdes. Presque n'importe qui peut faire un diagnostic de laryngite.
A 4h, j'ai donc donné le traitement, me suis occupée de mon fils jusqu'à qu'il aille (un peu) mieux, je n'ai plus dormi et, à 8h30, nous nous sommes rendus chez le Dr M.
Ce jour-là, il accueillait une nouvelle interne très jolie. Elle était assise derrière le bureau avec lui pendant qu'il faisait la consultation. On voyait bien qu'il était content le Dr M., il souriait, il avait l'air un brin excité et fier de lui.
Moi et mon fils, on était de l'autre côté du bureau, moi pas maquillée avec des cernes et mon fils tout pâle et silencieux.
"Alors ?" m'a-t-il demandé
"Je viens parce que mon fils a une laryngite"
"Alors ça j'adore ! " m'a-t-il coupé en ricanant "J'adore les patients qui font des diagnostics" a-t-il commenté vers la jolie interne qui a rougi.
Je ne sais pas si c'était la fatigue mais j'avais l'impression qu'il venait de poser ses testicules sur le bureau.
"Et donc ?"
"Je lui ai donné des corticoïdes" ai-je répondu.
"Des corticoïdes !!! Vous vous rendez compte que c'est un traitement fort. Ce n'est pas n'importe quoi !" Puis il s'est tourné vers l'interne d'un air entendu t'as-vu-celle-là-elle-se-prend-pour-un-médecin. L'interne a souri bêtement. Les testicules sur le bureau ont grossi. Je n'osais plus rien dire.
Il a enchainé : "Bon voyons ça"
Il a examiné mon fils "Ah la gorge est bien rouge quand même." Mon fils s'est mis a tousser,  on aurait dit un chien en train d'aboyer.
Un ange est passé emmenant les testicules avec lui....
"Bon laryngite" a-t-il annoncé. Il s'est rassis derrière son bureau vide. Il était un brin désagréable, il ne regardait plus l'interne et me toisait.
"Bon le traitement ce sont des corticoïdes... Vous avez donné combien ce matin ? "
"20 mg"
"Continuez pendant 3 jours, oui, faites ça ! Autre chose ?"
Je me sens fatiguée... Mon fils tousse. J'ai l'impression qu'on a tous les deux 9 ans.
"Oui il me faudrait un certificat pour mon employeur"
Il me regarde de tout en haut. De nouveau, j'ai l'impression de voir ses testicules sur le bureau. C'est un bien étrange phénomène.
"Ah oui bien sûr comme ça vous pourrez faire bleu*." Il est tout content de nouveau, il se tourne vers l'interne puis rédige son papier
Là, je ne sais pas pourquoi, je commence à me justifier. "J'ai pu m'arranger pour cet après-midi mais pour ce matin je ne pourrai pas aller travailler." J'ai vraiment l'air piteuse d'une ado dans le bureau du CPE.
Il triomphe au-dessus de son papier. Il me tend le certificat.
"Allez voilà un bleu pour le travail." Il me fait un clin d'oeil. "Un bleu !" répète-t-il à l'interne qui est toute rouge.
Les testicules sur le bureau deviennent gigantesques et menacent de nous engloutir moi, l'interne et mon fils. Elles nous poussent dehors. "Allez bonne journée Madame"
Nous fuyons avec mon fils sans un regard pour les testicules. Ouf, enfin dehors, nous sommes sauvés, même si je m'inquiète un peu pour l'interne.

Je n'ai jamais revu le Dr. M.
Ni ses testicules.
Et j'ai trouvé un autre médecin de famille.

*Faire bleu : Faire l'école buissonnière http://www.langue-fr.net/spip.php?article17

Pour M....n, qui m'encourage à écrire !

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