samedi 2 décembre 2017

On est tous égaux même les femmes, ép. 11: 60 h par semaine

L'autre soir, j'étais invitée à une soirée chez des amis, il y avait un homme, sa femme et leurs enfants (petits, très petits), que je connaissais à peine.
Lui exerce une profession libérale, il est médecin spécialiste.
A un moment, nous avons parlé de l'hôpital public, et de ses salariés, qu'on appelle aussi fonctionnaires. Cet homme connait bien l'hôpital public, puisqu'il y a été formé pendant de nombreuses années, comme tous les médecins français. Et puisqu'il y exerce encore à l'occasion, mais pas pour faire "des actes", précise-t-il car cela ne l'intéresse pas (sic)...
Il a ajouté qu'il n'y avait plus de différence entre privé et public de nos jours. " Un titulaire d'un BTS qui fait des sites internet gagne autant qu'un infirmier" a-t-il ajouté.
Et moi de m'insurger, justement, je ne trouvais pas ça normal, l'infirmier a fait plus d'études et a plus de responsabilités. Il a fait la moue sur la question de la responsabilité.
Alors j'ai donné un exemple. Je ne me sentais pas très à mon aise, un peu en-dessous de lui, il y a des gens qui nous font nous sentir en-dessous, on ne peut pas expliquer pourquoi. Je n'ai donc pas parlé de mon propre travail auprès des patients, comme si j'intégrais moi-même le fait que mon travail n'était pas assez important pour que je sois en responsabilité. Non, j'ai parlé d'un ami homme (sic) qui pratiquait des actes très techniques à l'hopital, actes qui pouvaient avoir des conséquences vitales. Mon interlocuteur a eu un vague sourire. J'ai conclu en disant que, quand même, on n'était pas très bien payé pour ce qu'on faisait.
Là,son sourire s'est étendu, il était content de lui : " je gagne bien ma vie il faut le dire mais moi je travaille 60 h par semaine... quand on travaille 35 heures..."
(Tiens prends ça dans ta face petite)
Puis il a enchainé sur l'hôpital qui était "foutu" car on ne s'intéresse plus qu'à "faire des actes" pour ramener de l'argent...
Déjà c'est connu une fois prononcé le nombre 60, pour qualifier le temps de travail,  tout le monde doit se taire à jamais et s'incliner
Bon réfléchissons à ce seuil fatidique des 60 heures et faisons un peu de mathématiques.
60 divisé par 5 = 12 donc ce monsieur travaille 12 heures effectives par jour. Si on considère que sa journée commence à 8 h, 8+12 = 20, ce à quoi on ajoute un pause déjeuner d'une heure, 20+1 = 21 h. Ce monsieur travaille donc du lundi au vendredi de 8h du matin à 21h, si l'on ajoute 30 min de trajet par jour (c'est le minimum), il part de chez lui à 7h45 et rentre à 21h15.
Et pendant ses journées, que fait-il ? Admettons qu'il passe 20 min avec chaque patient, cela fait 3 patients par heure, et 12*3 = 36 patients par jour, soit 36*5 = 120 patients par semaine, soit 120 actes par semaine. Bien sûr, il y a la variable d'ajustement de l'administratif, du téléphone, des impondérables, et comme il fume, de ses pauses cigarettes. Donc arrondissons à 100 actes par semaine.
Je vous laisse le soin de calculer le salaire du capitaine.
Donc, voilà  à quoi ressemble 60 h de vrai travail (contre 35 h de faux travail). Partir à 7h45 de chez soi, rentrer à 21h15 et faire 100 consultations par semaine. Pour préciser un peu, dans sa spécialité il ne pratique pas d'actes techniques.
Déjà, c'est bien curieux toutes ces consultations, puisqu'il s'élève contre "faire des actes", or la consultation est considérée comme un acte médical, et c'est cela qui fait rentrer l'argent. Alors les fait-il vraiment ces 100 actes semaines ? Travaille-t-il réellement 12 h effectives par jour ? Nous ne le saurons jamais. Car tout cela est impossible à vérifier. Mais comme le fantasme des 60 heure oblitère tout le reste ça n'a pas d'importance. Il a raison et moi j'ai tort. Lui il sait ce que c'est de travailler et moi je suis une petite joueuse.
Ah, mais j'oubliais, il a une famille. Pas simple avec de tels horaires ?
Bon pour ça, ne vous inquiétez pas, l'affaire est réglée. Sa femme travaille à temps partiel pour pouvoir s'occuper des enfants. Et où travaille-t-elle ? A l'hôpital justement, c'est pratique pour avoir un temps partiel. Et qu'est-ce qu'elle en a dit de tout ça elle ? Ben rien, elle était occupée avec les enfants, elle n'a pas entendu la conversation.
La boucle est bouclée.
Et surtout moi, et tous les autres, on n'a qu'à se la boucler devant les 60 heures par semaine.
Bon, me direz-vous tout cela n'a rien à voir avec le fait que ce médecin soit un homme.
Peut-être. Mais pour l'instant aucune femme ne m'a encore parlé comme ça.
Mais ça peut venir. Et là on pourra dire qu'on s'est mis à niveau.
Pour le meilleur et pour le pire.




Pour Emilie... Il vaut toujours mieux en rire...


2 commentaires:

  1. Bien dit !
    Notre ambiance sociale et culturelle y est bien décrite.
    Mais je reste dubitatif sur notre capacité à avancer en opposant homme et femme. Nous sommes la même humanité ! La fin du texte le laisse entrevoir ...
    Merci,
    Jean-Pierre

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    1. J'essaie justement de ne pas les opposer. Je ne suis en rien en lutte contre les hommes, j'adore les hommes comme les femmes, mais plutôt contre une construction de la société où les rôles sont attribués à l'avance. Seulement pour comprendre et montrer ce qu'il se passe il faut parler des gens. Et certains se glissent mieux que d'autres dans le rôle qui leur est attribué... des hommes mais aussi des femmes. Le problème c’est le pouvoir, le pouvoir de l'argent, de la reconnaissance sociale. Pour l'instant ce sont plutôt les hommes qui ont le pouvoir. J'ose espérer que les femmes s'en tireront mieux mais rien n’est moins sûr...

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