samedi 16 décembre 2017

On est tous égaux, même les femmes, ép. 12 : l'anesthésiste (choisis ton rêve)


Il y a peu, j'ai dû passer un examen médical dans une célèbre clinique strasbourgeoise, la clinique X. L'examen a été programmé rapidement par mon médecin et, pour le faire, je devais subir une anesthésie générale "légère", j'ai donc pris rendez-vous avec l'anesthésiste.
Sur place, tout s’est passé vite et bien, aujourd'hui le temps est compté pour tout le monde. L'anesthésiste, un homme charmant qui avait l'air en pleine forme, rasé de frais, a lu le questionnaire que j'avais rempli, m'a posé 2 ou 3 questions, a pris ma tension, a écouté mes poumons, m'a demandé si j'avais des questions et m'a dit qu'une secrétaire allait venir pour me faire signer des papiers.
Elle est venue, j'ai signé les papiers de consentement et aussi un papier qui m'expliquait qu'il y aurait un dépassement d'honoraires de 80 € pour l'anesthésie. J'ai un peu hésité, mais j'étais stressée, il fallait que je fasse cet examen et l'anesthésiste était parti. J'ai demandé à la secrétaire si la mutuelle me rembourserait. Elle m'a dit de voir avec eux.
Je me suis dis que tout cela ressemblait fort à ce qu'on appelle une pratique commerciale abusive, du placement de produit à une personne qui n'a pas vraiment les moyens de refuser, aucun malade n'a envie que son examen médical soit annulé parce qu'il refuse les honoraires imposés. Mais c’était trop tard.
J'ai vu avec ma mutuelle, elle ne me rembourserait que 12 €, j'ai donc rappelé le secrétariat pour les informer, fort aimablement, on m'a communiqué une adresse mail dédiée pour écrire une demande de remise gracieuse du dépassement aux médecins anesthésistes en joignant le justificatif de ma mutuelle. De "cliente-patiente", j’étais devenue "demandeuse-mendiante". C’était inconfortable, voir un peu pervers, mais j'avais signé l'accord, donc j'ai écrit le mail mais je n'ai pas eu de réponse avant l'examen.
Le jour de l'examen, tout était impeccablement organisé, personne n'avait de temps à perdre, ni eux, ni moi, le personnel était très aimable et efficace. L'infirmier anesthésiste m'a posé la voie veineuse et on m'a amené dans le box. Mon médecin était là (au passage, il ne pratique aucun dépassement d'honoraires) avec une infirmière. L’anesthésiste est venu, un autre, moins charmant mais rasé de frais lui aussi, il m'a salué, et m'a dit "vous allez sentir un peu de chaud et vous endormir, maintenant choisissez votre rêve..."
Quand je me suis réveillée, 15 minutes plus tard, j'étais seule. Peu de temps après, mon médecin est venu, tout s’était bien passé, on m'a servi une collation, fait remplir un questionnaire de satisfaction puis l'anesthésiste est revenu. Il m'a demandé si ça allait, si j'avais des douleurs, a vérifié si j'avais bien signé le papier dans lequel je m'engageais à ne pas pas conduire ce jour et à ne prendre aucune décision personnelle ou professionnelle importante (sic), pour finir il m'a demandé de quelle origine était mon prénom.
Je suis rentrée chez moi et quelques jours après j'ai reçu ce mail:

"Bonjour M. L, (sic)
J’ai bien reçu votre mail en date du 4 décembre 2017 et vous remercie pour votre exposé.
Après étude du dossier, je vous informe que les Anesthésistes de la Clinique X ont décidé de procéder à une révision des honoraires d’anesthésie à un montant de 50€.
Celui-ci correspond à 104% du Tarif de Responsabilité de la Sécurité Sociale (estimé à 48€).
Vous trouverez ci-jointe votre facture.
Je me tiens à votre disposition pour tout renseignement complémentaire et vous prie de recevoir mes cordiales salutations."
Bon, vous me direz 50 € c'est peu de nos jours. D'ailleurs, pourquoi continuer à me les réclamer si c’est peu ? Et puis n'oublions pas que c'est 50 € en plus des honoraires (combien d'ailleurs ?). Et ces 50 €, c’est pour me faire signer des papiers et me souhaiter de beaux rêves ?  C’est pour les 8 minutes de temps passé par l’anesthésiste auprès du client ? Elle est où la médecine là dedans ? Et le fameux serment d'Hippocrate, il est où ? Je cite, pour mémoire :

"J’informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences.
Je ne tromperai jamais leur confiance et n’exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences.

Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire."

Je ne sais pas si vous m'avez entendu mais je vous ai expliqué par mail que je n'avais pas cet argent, en plus c’est bientôt Noël, 50 € ça fait un cadeau pour les enfants. 
Maintenant je vais vous expliquer pourquoi je n'ai pas cet argent. Et bien parce que j'ai choisi mon rêve justement. 
Mon rêve, c’était de soigner les gens dans un endroit merveilleux où tout le monde peut venir et recevoir des soins appropriés sans payer. Figurez-vous que cet endroit existe, vous avez dû l'oublier depuis tout ce temps que vous avez fini vos études, on l'appelle l'hôpital public, là il y a des gens qui soignent et mouillent leurs chemises avec peu de moyens et des petits salaires, parce qu'ils y croient, parce qu'ils sont motivés... 
Je pourrais vous en dire bien plus à ce propos mais ce n’est pas le sujet. 
Non, le sujet de ce blog ce sont les hommes et les femmes. Alors pourquoi est-ce que j'ai parlé de tout ça ? Et bien, figurez-vous que j'ai eu beau fouiller dans mes souvenirs les plus lointains, tant de  patiente et  que de soignante,  je me suis rendu compte que je n'ai jamais rencontré de médecin anesthésiste femme. Pire, je n'ai même jamais entendu parler de l’existence d'une médecin anesthésiste femme. Bien sûr, il en existe, ce n’est pas possible autrement. Mais c'est quand même stupéfiant, vous ne trouvez pas ?

Allez faites de beaux rêves, tant que les hommes et l'argent continuent de régner sur le monde, vous ne risquez rien...


Le serment d'Hippocrate, version intégrale
https://www.conseil-national.medecin.fr/le-serment-d-hippocrate-1311



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire